Les Rencontres d’Aït Aïssa : tourisme équitable et développement durable dans le sud-est marocain

De petits villages berbères aux confins de l’Atlas, des petites vallées ressemblant à des oasis verdoyantes au milieu de la montagne… Tel est le cadre offert par l’ASBL Les Rencontres d’Aït Aïssa.  « Rencontres » au pluriel, car l’accueil berbère est légendaire. « D’Aït Aïssa » car c’est le nom de la première vallée où l’association a travaillé, non loin d’Errachidia dans le sud-est marocain.

Rendez-vous est pris avec Roland Muyle, un des membres fondateurs de Rencontres d’Aït Aissa. L’envie de fonder une association de tourisme équitable remonte à 2002, lors d’un voyage dans le sud marocain. « On a vu une personne âgée qui attendait un bus hypothétique le long de la route et on lui a proposé de monter avec nous. On a fait un détour pour le ramener dans son village, dans une région où il n’y a aucun touriste. Les gens de là-bas disent que c’est le ‘Maroc oublié’. »
L’association sans but lucratif Rencontres d’Aït Aïssa est née en 2006, composée de membres belges et marocains. 15 ans plus tard, c’est avec toujours autant de passion et de plaisir que l’organisme propose des voyages centrés sur l’humain et la découverte de l’Autre dans la plus grande authenticité.

Un labyrinthe de vallées
La région étant splendide, avec des gorges magnifiques, des villages fortifiés, des cultures en terrasses et un labyrinthe de vallées, le tourisme alternatif, respectueux de l’environnement et des coutumes locales, était tout trouvé. « Mais il faut rester attentif et toujours se remettre en question : cette région est encore intacte quant à ses traditions mais elle subit, elle aussi, une pression extérieure de la « modernité » avec ce qu’elle a de bien et de moins bien. »
Beaucoup de  villages de montagne au tour de la vallée d’Aït Aïssa ne sont accessibles qu’à pied. « L’identité berbère y est très forte, avec un vrai sens de l’hospitalité et une très grande richesse humaine et culturelle. Notre idée a été de mettre en valeur ces richesses avec une activité touristique respectueuse de la société, en créant un réseau de gîtes chez l’habitant », se souvient Roland.

Voyage insolites et hammam du voyageur
Mais à part de belles balades, qu’est-il possible de faire dans cette fameuse vallée de l’Atlas ? « Des randonnées en raquettes en hiver, du yoga au printemps, des chantiers jeunes en été…, énumère Roland. On est ouverts à toutes sortes d’activités. Elles ne sont que des prétextes à la rencontre avec l’habitant. »
Le confort n’équivaut certes pas à un trois étoiles. « Nous avons l’habitude de dire que c’est du camping chez l’habitant », souligne Roland. A l’intérieur des habitations en terre, il y a davantage de tapis que de meubles. Pour améliorer ce confort, l’association a financé des hammams chez les habitants. Ils servent de salles de bain et sont les bienvenus après une grosse journée de randonnée.  « C’est à la fois un voyage dans le temps et un voyage initiatique, par rapport à notre société de consommation », ajoute encore Roland, « mais le confort de l’accueil est simplement exceptionnel. Après un tel voyage, on a des difficultés à voyager de manière conventionnelle ».

Joindre l’utile à l’agréable
Sur chaque voyageur est prélevé une « cotisation projets », avec laquelle l'association soutient des projets de développement locaux. « Dans le Haut-Atlas, la problématique majeure à laquelle la population berbère est confrontée est l’irrigation car le climat est très chaud et sec. Dans le Moyen-Atlas, c'est la déforestation de la forêt de cèdres qui pose problème, causée par l'exploitation intensive des forêts par les bergers qui s'y servent de bois pour se chauffer durant l'hiver très rude. » Pour pallier à ces problématiques, de nombreux projets de rénovation, ainsi que des projets environnementaux et sociaux, ont vu le jour au fil des années. Pour les années à venir, en plus d’assurer une continuité dans les projets en cours, l’association prévoit entre autres investir dans la réalisation d’un grand projet de permaculture et la mise en place d’une collecte de déchets dans les villages reculés du Haut-Atlas où le camion à ordures ne se rend pas.

Des voyages équitables
L’ASBL a convenu de prix équitables des services en concertation avec les associations locales et les habitants. Une chef cuisinière, par exemple, est payée 250 dirhams (25 euros) par jour, ce qui équivaut à un bon salaire pour la région, indexé chaque année de surcroît. L’ASBL est membre de la plateforme belge du voyage équitable, Altervoyages, qui regroupe et soutient le travail de ses 17 membres belges et internationaux, organisateurs de voyages solidaires.

Du point de vue du prix pour le voyageur, Les Rencontres d’Aït Aïssa sont dans le très raisonnable : un voyage écotouriste d’une semaine de randonnées en montagne revient à 700 euros (hors avion). L’association propose aussi des tarifs réduits aux groupes de jeunes (des écoles, des scouts).

Point trop de voyageurs n’en faut…
Mais y a-t-il des limites à ce genre de voyage ? « Oui. Il ne faut pas trop de voyageurs. S’il y avait des groupes tous les jours, cela dénaturerait l’accueil. Au maximum, un village accueille dix groupes sur l’année. » Pour le moment, Les Rencontres d’Aït Aïssa envoient environ 250 personnes par an dans la vallée. Pas de quoi perturber les habitants.

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© AÏt Aïssa