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Commerce équitable d’artisanat
Quels outils pour développer le secteur ?

Synthèse de la présentation en conférence de presse du 26 mai 2008

Une recherche-action

L’originalité de cette recherche-action réside dans le fait qu’elle a été menée par des acteurs de terrain : Joël Van Cauter (ex : Citizen Dream), Sophie Tack (Magasins du Monde Oxfam) et Mélinda Servais (Connexe ASBL). Cette équipe était encadrée par SAW-B (fédération d’économie sociale) et accompagné par un comité composé de spécialistes du secteur.

Les travaux se sont étendus sur plus d’un an. La réflexion théorique alimentée par plusieurs travaux extérieurs a donné naissance à plusieurs hypothèses de travail qui ont été confrontées au secteur. 43 producteurs et distributeurs du commerce équitable ont été directement interrogés : 8 en Inde, 5 au Vietnam, 6 au Laos, 6 au Kenya, 11 en Belgique et 7 dans les autres pays européens. La recherche-action inclut aussi une étude de marché réalisée auprès de 17 entreprises de distribution du marché classique en Belgique.

Le commerce équitable en général et d’artisanat en particulier  disposent d’atouts de poids : une forte diversité et vitalité, tant au Nord qu’au Sud, une haute densité de ressources humaines fortement engagées, une croissance du nombre d’acteurs et des ventes, un potentiel de sympathie du public.


L’épreuve de la réalité économique

Le commerce équitable d’artisanat doit faire face à plusieurs faiblesses conséquentes.

Le surcoût irréductible de l’équitable. Le fait de se concentrer sur des publics défavorisés, auxquels des conditions de travail relativement bonnes sont offertes, entraîne au bout de la chaîne un surcoût important.

  • Compte tenu des acteurs en présence et de l’état actuel du marché, le modèle économique du secteur de l’artisanat équitable, semble aujourd’hui relativement inefficace et peu compétitif. Ceci tient notamment à l’importance des contraintes :
  • Chaque produit doit être développé, sa durée de vie potentielle est souvent limitée par la saisonnalité et la diversité est une donnée décisive de la vente.
  • Contraintes liées aux producteurs : main d’œuvre moins qualifiée et localisation souvent excentrée des ateliers.
  • Contraintes liées aux importateurs : préfinancement, importance des coûts fixes et des stocks.
  • Il existe un certain décalage entre acteurs du Nord et du Sud. Assurément, aucun acteur de l’artisanat équitable n’a la vie facile. Pourtant, il semble que la dynamique économique soit moins défavorable au Sud qu’au Nord.
  • Ceci entraîne un effet de cercle vicieux : le cumul des contraintes diminue la profitabilité du secteur, donc l’attrait pour de nouveaux investisseurs ou entrepreneurs expérimentés, donc le secteur progresse lentement … Le progrès est d’autant plus lent que le niveau de coopération entre les acteurs est faible, pour ne pas parler des rivalités et compétitions.


    L’épreuve des réalités du marché

    Lorsqu’on entre plus précisément dans les enseignements des enquêtes de terrain, partout sont reconnues et soulignées les insuffisances en matière de contrôle qualité et de respect des délais. Le besoin de certification est davantage perçu du côté des importateurs et distributeurs que du côté des producteurs. A l’inverse, les  producteurs insistent sur le besoin de développement des produits et, en particulier, du design

    La recherche-action a aussi permis de constater qu’une bonne partie de la vitalité de l’activité est amenée par des nouveaux acteurs, majoritairement des entreprises commerciales, qui développent au Nord comme au Sud de nouveaux produits ou nouveaux concepts.  Même si c’est encore exceptionnel, elles sont les seules à atteindre des taux de profit de l’ordre de 10% du chiffre d’affaire.

    En observant ces entreprises, on peut identifier 4 caractéristiques communes majeures :

  • Une attention prioritaire aux produits (design et contrôle de production)
  • Une taille critique (les structures trop petites sont souvent pénalisées)
  • Des moyens financiers suffisants (apports privés, prêts et subsides)
  • Une importante clientèle du secteur équitable (au moins 50% des ventes)
  • Enfin, l’étude de marché confirme l’intérêt de la distribution classique pour vendre de l’artisanat équitable. Cet intérêt fait écho aux attentes exprimées par les consommateurs et pose 3 conditions : 

  • Disposer de produits adaptés et cohérents avec ses gammes
  • Des fournisseurs crédibles sur le plan commercial
  • Une traçabilité et une communication claire sur le produit sont possibles
  • Si ces conditions sont remplies, les responsables affirment être prêts à garnir leurs rayons d’artisanat équitable et à faire preuve de souplesse sur les prix et les modalités commerciales ; seule la marge semble « sacrée ».

    En conclusion

    Au terme de la réflexion et de l’enquête, quatre enjeux apparaissent clairement pour assurer la viabilité et le développement du commerce équitable d’artisanat :

  • Emploi
  • Dans le Nord, le commerce équitable est un vivier potentiel d’emploi, attirant en particulier nombre de jeunes. Mais, sans amélioration des conditions et possibilités de développement économique de l’activité, l’emploi ne pourra être durable.

  • Solidarité
  • Dans le Sud, le secteur est un moyen d’accès au travail pour des centaines de milliers d’artisans qui, sans cette activité, seraient pour beaucoup dans une situation encore plus précaire. Le secteur fonctionne bien comme système d’intégration. L’enjeu du maintien de ce système est d’autant plus actuel que les sociétés du Sud sont porteuses d’inégalités croissantes et que le secteur de l’artisanat est de plus en plus en concurrence avec la production industrielle ou semi-industrielle.

  • Culturel
  • L’artisanat véhicule des traditions esthétiques, techniques et artistiques. Le maintien de ces traditions, en particulier dans les villages, est une des conditions du maintien de la diversité des expériences humaines, à l’instar du maintien de la biodiversité.

  • Alternative économique
  • Le commerce équitable est un des lieux de résistance à la standardisation industrielle de l’artisanat. Dans ce créneau se joue un des laboratoires du maintien et du développement d’une économie à signification et visage humain.

    Pistes d’action.

    Les différentes propositions visent à réduire les surcoûts économiques liés à la pratique du commerce équitable. 

  • Soutenir la mise en place d’une Fédération professionnelle du commerce équitable
  • Si une fédération du commerce équitable était difficile à imaginer en Belgique il y a quelques années, le nombre croissant d’acteurs et, plus généralement, le développement du secteur rendent un tel organe aujourd’hui possible, et nécessaire.  Sa nécessité tient à deux raisons principales, qui devraient aussi constituer ses deux missions fondamentales : régulation pour mettre en place une charte et des critères d’adhésion et appui au développement économique (professionnalisation, économie d’échelle…).

  • Consolider le soutien financier aux entreprises équitables
  • Il existe déjà bon nombre de systèmes de financement des entreprises, y compris des fonds d’investissement en capital, privés ou publics. Pourtant, l’accès au capital est un problème récurrent de la plupart des acteurs rencontrés. Cette difficulté rejoint d’ailleurs les problèmes de financement de beaucoup de PME classiques. Les investisseurs ou les institutions financières prennent trop peu en compte la spécificité de la difficulté et du risque d’une activité comme le commerce équitable. Dans le même ordre d’idée, la prise en charge par les pouvoirs publics d’une partie des coûts salariaux du personnel peut aussi participer considérablement au soutien du secteur.

  • Soutenir le développement et l’évolution du « Fair Trade Centre »
  • Depuis plusieurs années, cet organe rattaché à la Direction Générale de la Coopération au Développement s’est installé comme vecteur important de la compréhension et de l’évolution du commerce équitable. Il importe que ce secteur puisse conserver un interlocuteur public spécifique et expérimenté.

  • Contribuer à la mise en place de centres de développement de produits et de suivi de production dans les pays producteurs
  • Même si ces compétences sont largement fédérales et s’inscrivent dans des accords de coopération plus larges, cette façon d’intervenir dans une logique d’allègement des surcoûts équitables à contribue à la diminution de ceux-ci au sein des pays producteurs.

  • Enfin, à moyen terme, plus largement, deux dynamiques aujourd’hui en cours devraient être accentuées :
  • - Encourager la reconnaissance légale des systèmes de label, certification et contrôle.
    - Proposer un allègement de charges pour les entreprises équitables, via, par exemple un taux de TVA diminué.

     Pour toute information :

    SAW-B (Solidarité des Alternatives Wallonnes et Bruxelloises
    Eric Dewaele
    e.dewaele@saw-b.be
    0477 912 502.

     

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