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Editer autrement, le commerce équitable du livre

La collection Enjeux Planète propose des essais sur différents défis liés à la mondialisation. Elle est coéditée par 7 éditeurs africains et 5 de pays du Nord[1]. Traduits au Canada et imprimés en Tunisie, les livres seront vendus moins chers au Sud.

« Le Commerce de la faim », « Graines suspectes », « Mondialisation financière et terrorisme » et « Encore un siècle américain ? », ces quatre livres ont deux points communs : ce sont des ouvrages de sciences humaines engagés et critiques d’une part et, de l’autre, ils sont publiés en commun par douze éditeurs, dont 7 sont africains. La collection, appelée Enjeux Planète, doit s’enrichir de quatre titres par an. Pour ces éditeurs, d’ampleur réduite, il s’agit de mettre en place une sorte « d’édition équitable », sur le modèle du « commerce équitable ». Les frais de traduction et mise en pages des textes (au Canada) et de leur impression (en Tunisie) sont partagés, les premiers étant financés aussi par la Fondation Charles Léopold Mayer. Pour chaque livre produit, un éditeur du Nord paye trois fois plus cher que ceux d’Afrique sub-saharienne, un éditeur du Maghreb payant deux fois plus. Selon Luc Pire, directeur des Editions éponymes, partenaires belges de cette initiative, « le projet, né en réaction au 11 septembre, permet une démarche de solidarité qui est financièrement intéressante pour tous. Pour survivre, les petits et moyens éditeurs doivent s’unir face à la concentration. »

 

Partager les coûts...

Les autres éditeurs du Nord sont français, suisse et canadien. En Afrique, ils sont maliens, tunisien, marocain, béninois, guinéen, camerounais et ivoirien. Ils choisissent ensemble les titres à publier. Un choix qui n’est pas neutre : « des auteurs des cinq continents traitent des différents défis liés à la mondialisation : commerce international, ressources naturelles et défis climatiques, rapports Nord-Sud, identités culturelles, etc. Chaque ouvrage est porteur non seulement de diagnostics, mais aussi de propositions et de perspectives d’action », explique-t-on à Ecosociété.

Selon Jean Richard, directeur des Editions d’En bas (Lausanne), « la plus grande difficulté, pour un auteur du Sud qui publie au Nord consiste à se faire connaître dans son pays et à y diffuser son ouvrage à un prix abordable ». Surtout pour les livres de sciences humaines critiques par rapport aux courants de pensée dominants. Mme Amoikan, directrice des Editions Eburnie (Abidjan), vient ainsi de proposer aux partenaires un ouvrage d’un auteur nigérien qu’elle ne pourrait sans doute éditer seule :

« Si je dois couvrir seule les coûts de fabrication, chaque livre me revient beaucoup plus cher. De plus, nous avons la possibilité de choisir une quantité adaptée à notre marché. » L’édition commune permet d’accroître le tirage, fixé à 10.000 exemplaires par titre, et donc de baisser les coûts unitaires. Les Editions Eburnie n’ont d’ailleurs pas attendu les partenaires du Nord pour se laisser dans la co-édition, qu’elles pratiquent déjà avec des homologues dans des pays voisins. Luc Pire aussi constate que « même en payant mon livre plus cher qu’un homologue africain, je m’y retrouve financièrement.

 

... et réagir au 11 septembre

L’intérêt n’est cependant pas uniquement financier. Il s’agit aussi, selon ces éditeurs, « de publier des livres qu’ils aiment et montrer que l’on peut ’éditer autrement’ ». « Le fait de collaborer est très positif, il crée une émulation entre nous, sur des livres qui entrent pleinement dans notre ligne éditoriale », explique Marie-Agathe Amoikan. Même langage chez Ganndal, en Guinée, où l’on se dit « enthousiasmé par l’esprit de partage et de dialogue qui sous-tend le développement du projet Enjeux Planète, dans ce monde en pleine globalisation. » Pour Luc Pire, « il s’agit aussi d’une réaction au 11 septembre. Si le monde va mal, on peut réagir en essayant de mieux se connaître et se comprendre. »

La répartition des coûts peut être vue de manière critique (maintien de la dépendance des éditeurs du Sud) ou de manière positive, en ce qu’elle rend des ouvrages accessibles parce que co-édités. De même, l’impression en Tunisie peut être perçue, selon le point de vue, comme création d’emplois locaux ou comme délocalisation vers un pays à salaires faibles.

D’autres questions annexes restent posées. Celle du transport, par exemple. Imprimés en Tunisie, les livres doivent être envoyés dans les autres pays concernés, ce qui a un coût.

Même si l’expérience est récente, les partenaires se disent enthousiastes. Ils envisagent d’ailleurs l’édition d’ouvrages virtuels de jeunes auteurs africains, avec l’appui de l’Agence intergouvernementale de la Francophonie.

André Linard InfoSud-Syfia


[1] Editions Luc Pire (Belgique), Editions Ruisseaux d’Afrique (Bénin), Editions Ecosociété (Canada), Presses universitaires d’Afrique (Cameroun), Editions Eburnie (Côte d’Ivoire), Editions de l’Atelier et Fondation Léopold Charles Meyer (France), Editions Ganndal (Guinée), Editions Jamana (Mali), Editions Tarik (Maroc), Editions d’En bas (Suisse), Editions Cérès (Tunisie).
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